Archives de la catégorie ‘Les victimes’

Le 24 septembre 2010, Jean-Michel Décugis, journaliste au Point, réalise une interview par téléphone avec une certaine Bintou, 32 ans, d’origine malienne. L’article du Point traite de la polygamie en France. Elle « est arrivée du Mali il y a quatorze ans. Depuis, elle a eu huit enfants, cinq garçons, trois filles. Bintou a accepté de raconter au Point son histoire. »

Mais voilà, Bintou n’existe pas. Derrière le téléphone, c’est Abdel qui parle. Il était sensé aider Jean-Michel Décugis à entrer en contact avec des familles. Abdel a voulu jouer un mauvais tour, non pas personnellement au journaliste du Point, mais à tous les journalistes. « Pendant les émeutes de 2005 à Clichy, j’ai vu de mes propres yeux des journalistes, surtout étrangers c’est vrai, payer des enfants pour qu’ils jettent des pierres devant les caméras » a-t-il expliqué sur le plateau d’Arrêt sur Image. Il s’est donc filmé en train de répondre à l’interview.

En voici un extrait :

L’information est reprise par les journalistes de Daniel Scheidermann, sur son site Arrêt sur Images. Rapidement, d’autres médias s’emparent de la nouvelle. Dans le cadre de ce mémoire-enquête, la rédaction de Médiaculpa a rencontré Jean-Michel Décugis afin qu’il partage sa vision de l’emballement médiatique. Ironie du sort, l’entretien s’est déroulé quelques semaines après cette affaire. Le journaliste raconte.

Selon vous, avez-vous été lynché ?

Je n’ai pas été victime d’un lynchage, mais bon il y a eu un acharnement… un petit emballement médiatique. Au départ Daniel Scheidermann raconte cette histoire en disant que j’ai bidonné l’interview. Il n’en montre qu’une partie. Ensuite il dit que j’ai inventé des descriptions et lorsque l’on m’a appelé afin  que je m’explique, les journalistes n’ont pas réécrit ce que je leur ai répondu. Voilà, des gens qui ne connaissent absolument pas le monde des cités vous appellent, et d’un coup ils se posent en espèce de juges.  J’ai fait pas mal de papier dans lesquels j’ai mis des gens en cause. Et quand vous vous retrouvez dans cette position c’est vrai que vous vous posez des questions. Des confrères sont venus me voir pour m’interviewer. Ils ont été d’une agressivité hallucinante ! C’est à partir du moment où Abdel a commencé à dire qu’il n’avait rien contre moi, ni contre le Point, que les micros se sont éteints. Pourtant, il n’y aucun problème entre nous deux. Il est même venu témoigner à mes côtés devant des étudiants en journalisme à qui je donne des cours.

Avez-vous, tout de même, tiré des leçons de cette histoire ?

Bien sûr. Je me suis vraiment interrogé. J’ai choisi à 44 ans de ne pas monter, de ne pas devenir chef, car je voulais être journaliste, faire des enquêtes, du reportage et là, j’ai eu un sentiment d’injustice. Je vais essayer de faire du journalisme autrement, je pense monter un site internet. Je veux tirer quelque chose de positif.

Faire du journalisme autrement, c’est-à-dire ?

J’aimerais bien aller à la rencontre des gens. Ils achètent de moins en moins les journaux car ils n’ont pas l’impression de lire des choses qui parlent d’eux. Je veux rapporter des choses de la vie de tous les jours, des choses un peu décalées sur des évènements où les médias sont et où ils traitent, tous, l’information de la même manière. Moi je veux faire plus de fond, trouver d’autres angles. Désormais, je veux vraiment écouter une personne mise en cause, lui donner la parole. Que ça ne soit pas seulement une formalité. Moi je me suis retrouvé devant des collègues qui ne m’écoutaient pas. J’étais seulement un bidonneur. Je ne veux plus ça.

Entretien réalisé par Marion Fontenille, dans les locaux du Point, le vendredi 22 octobre 2010

Le 24 avril 1994, Jean-Marie et Christine Villemin, les parents de Grégory, sont invités sur le plateau de l’émission « La marche du siècle » présentée par Jean-Marie Cavada. Entièrement consacrée à leur histoire, leur rapport avec la justice et les médias, cette émission a permis de faire le point, notamment, sur le comportement de certains journalistes vis-à-vis du couple et plus précisément de Christine Villemin. Le traitement médiatique de l’affaire Grégory a laissé des séquelles, aujourd’hui encore, dans la profession.

Regardez cet extrait de l’émission, mis en ligne sur le site de l’INA. On y voit le couple Villemin interrogés par le présentateur sur leurs relations avec les journalistes et les comportements (bons ou mauvais) qu’ils ont adoptés vis-à-vis d’eux.

Rappel :

Le 16 octobre 1984, Grégory Villemin âgé de quatre ans, est retrouvé mort dans la Vologne. Avertis du crime par l’appel d’un « corbeau », les enquêteurs ont tenté d’élucider le crime pendant des années. En vain.
L’affaire du petit Grégory est devenue tristement célèbre, notamment, à cause du fiasco médiatico-judiciaire qu’elle a créée. En 1984, Bernard Laroche, est assassiné par son cousin, le père de Grégory, qui sera condamné à cinq de prison dont un avec sursis. Parallèlement, sa femme, Christine Villemin, a dû affronter les attaques médiatiques et judiciaires l’accusant d’être la meurtrière. Le 3 février 1993, elle bénéficie d’un non-lieu.
Depuis cette date, l’affaire Grégory Villemin refait des apparitions ponctuelles dans l’actualité. Les recherches d’ADN n’ont, à ce jour, toujours pas permis de retrouver le véritable meurtrier.

Pour aller plus loin :
Le site de l’INA propose plusieurs vidéos de journaux télévisés ou d’émissions consacrés à cette affaire.

Le 1er décembre 2005 après de longs mois de bataille judiciaire, tous les inculpés de l’affaire d’Outreau sont définitivement acquittés. Pendant les prémices de l’affaire, les médias ont participé à cette accusation collective. Mais dès le début du procès à Saint-Omer, en 2004, le ton médiatique change. Les journalistes ont pris conscience de l’ampleur de cette erreur judiciaire et tentent, tant bien que mal, de rétablir la vérité.

Le site de l’INA propose des extraits vidéos des différents sujets de journaux télévisés consacrés à l’affaire. Le 1er décembre 2005, un portrait des acquittés est diffusé au 20 heures de France 2 :

Pendant cinq ans, ils ont eu à affronter le regard des juges, des journalistes et de tous les Français. Des mois durant lesquels ils ont été accusés de pédophilie. En 2005, ils sont treize à être acquittés par la justice.

Regardez cette vidéo des déclarations les plus fortes de certains des acquittés lors de la Commission d’enquête parlementaire qui s’est déroulée du 10 janvier au 12 avril 2006 :